Mercredi 25 juin 2008
3
25
/06
/2008
14:38
Une après-midi chaude, caniculaire, typique du climat estival de la région.
Dans l'appartement, les fenêtres grandes ouvertes amènent un semblant d'air lourd. Les volets sont clos. Les rayons du soleil restent cloisonnés au dehors, seule la chaleur oppressante parvient
encore à pénétrer les pièces.
Nous étions en ville cette après-midi-là, nous gorger de bruits, de mouvements, de distractions, nous mêler à la masse humaine, suante et vaporeuse. Les portraitistes caricaturaux, l'homme
statue, les magasins de souvenirs, emblèmes du kitsch touristique, la cathédrale, sa fraîcheur et son grès rose indestructible.
Puis retour via l'autobus, tout en odeurs de gasoil et de sueur entremêlés.
Notre sueur coule dans le creux de notre dos, elle perle aux racines de nos cheveux, se diffuse par tous nos pores. Notre corps est, moite, collant. Déjà la transpiration poisseuse
se transforme en crasse. Mais son odeur, cette odeur si particulière, paraît douce, réconfortante.
La sueur au goût salé, cette humidité parfois dégradante, éxutoire d'un corps que la châleur étouffe, cette sueur dont la saveur nous rappelle si souvent des moments, des sensations, des émotions
auréolées de bonheur, de bien-être, d'insouciance.
Retour à l'appartement aux courants-d'air. Quelques boules de glace, un énorme verre de soda glaçé, ou un gros bol de céréales arrosées de lait polaire. Assise sur le canapé, humant l'air de la
ville, au son des automobiles qui, sans relâche, arpentent le long boulevard. D'où viennent-elles, où vont-elles, peu m'importe alors. Seuls leurs vrombissements réguliers prennent place dans ma
mémoire.
Quelques dessins animés, ou quelques soaps américains plus tard, je me préparerai fièrement mon "Bolino"du soir, un hâchis parmentier, mon préféré. Fièrement, parce-que c'est moi seule qui allume
la gazinière et fais bouillir l'eau. Ma grand-mère m'a appris à craquer les allumettes. Alors, tel Neil Armstrong posant le pied sur la lune, je craque religieusement et prudemment mon
allumette.
Quelle magnifique avancée dans l'univers de l'autonomie...
Plus tard, je serai médecin, courant d'une mission humanitaire à l'autre, avec, en prime, la capacité non négligeable de savoir craquer les allumettes !...
Je soignerai des petits enfants noirs, aux ventres gonflés de trop peu, et craquerai une ou deux allumettes pour égayer leur quotidien morbide.
Jusque-là, les saisons continueront de se succéder, le temps de s'écouler, des glaces en été, des marrons chauds et un chocolat bouillant en hiver.
A ce moment-là, le changement n'existe pas dans mon vocabulaire, de même que la fatalité, la maladie, la mort.
Pareil pour le bonheur. Je ne saurais le nommer, encore moins le nuancer, puisqu'il est tout ce je connais. Et ce que je connais ne rencontre aucune variation, ni hauts, ni bas. Quitte à me
qualifier, je suis Heureuse.
Un bonheur doux, calme, apaisant, lumineux, sur lequel le temps ne peut avoir prise.
Je suis dans ma bulle. Mon deuxième placenta.
La réalité, quelle qu'elle soit, ne me bouscule pas.
Je vis en apesanteur dans un bonheur que je crois éternel. Ma bulle me protège, je la regagne sans cesse.
La personne qui en détient la clé a un visage. Une écoute attentive, un regard limpide, un sourire lumineux et rassurant. Elle a disparu de ma vue, mais dans mon coeur elle demeurera à
jamais. Mon Ange Lumineux aux ailes déployées.